Par Nils Delmonico
Ça chauffait déjà bien fort samedi soir sur WhatsApp. Après une mauvaise journée face
à Riehen et une défaite par 2.5-5.5, les encouragements avaient fini par prendre le pas
sur les doutes et autres « avis objectifs ». Gifs musclés, plaisanteries de potaches : le
moral remontait doucement, avec pour seule boussole l’espoir, ma foi, d’heureuses
coïncidences.
Car nous n’avions plus notre destin entre nos mains : pris au piège entre un Vevey
pratiquement sauvé des eaux, et le duo Genève / La Garde du Roi dont un match nul
pourrait signer notre chute, les probabilités n’avaient rien de rassurant.
Pour les plus mathématiques d’entre nous, c’en était déjà fait : affronter SK Bern sur son
terrain était opération suicide. Et l’idée d’un éventuel arrangement entre nos deux voisins
alimentaient toutes les conjectures.
Mais – entre émoticônes enflammées et points d’exclamations, l’espoir était bien là.
L’envie, elle, prenait aussi toute la place. C’est une équipe soudée, déterminée à vendre
son roi très cher, qui allait prendre le train dans quelques heures.
Une petite photo du Palais Fédéral et un rappel – actualité oblige – du système électoral
suisse plus tard, nous étions sur les bords de l’Aar, devant le fatidique cabanon aux
toilettes bouchées. Entrée sous le joug de l’imposant écusson bernois. C’est l’heure des
derniers encouragements, des poings qui se touchent fraternellement, des vestes qui
tombent, des pièces qui s’ajustent…
On est là pour jouer notre place en LNB. On le sait bien : il n’y a pas meilleure alliée que
sa propre survie.
Et la partie démarre mal pour nos hôtes, dont l’un des joueurs a simplement « oublié le
match ». Et paf. 0-1 Nyon. Gardez cela bien à l’esprit : un forfait se place normalement au
dernier échiquier. Or aujourd’hui, le rapport de force n’y est pas en notre faveur. Florine,
grippée mais dévouée et présente, aura fort à faire.
Quelques instants plus tard, re-paf. Un téléphone bernois vibre ! Pas d’états d’âme. On
s’affirme messieurs, qui est plus en équipe : la partie est perdue, un point c’est tout. 0-2
Nyon.
Mais au premier échiquier, le rapport de force n’est pas en notre faveur non plus. Ce score
intermédiaire est loin d’être une garantie. Plus bas, Romain lance une attaque ; Florine,
grippée, mais dévouée et présente, s’emploie. Chacun s’emploie.
Et re-re-paf. Romain gagne. Bon sang. Malgré les rapports de force, il faut bien avouer que
le match est en train de prendre une tournure que peu auraient envisagée. Alors peut-
être ? Peut-être que l’Ours peut quand même être battu ? Alors on se rappelle les
messages de la veille, avec les biceps arrondis et les souhaits de bon repos, et on se dit
que les probabilités ne sont finalement que des peut-être, et que quand on n’a pas son
destin entre nos mains, et bien il faut faire confiance au destin…
Et parfois les rapports de force ne sont que théoriques. C’est notre capitaine qui en fera
la démonstration, profitant d’une erreur tactique de son expérimentée adversaire, suivi
par Florine, grippée mais présente, qui aura posé tellement de problèmes au sien qu’il en aura oublié que le temps existe. Au 8ème échiquier, comme je vous le disais ; là où Florine
n’aurait pas dû jouer…
Et tout à coup, les amis, c’est 0-5 Nyon. Ricardo aura fait nulle entretemps. Les deux
défaites survenues en fin de rencontre n’y changeront rien : le joug est levé, l’écusson à
plat – Nyon remporte, contre toute attente, le match que personne ne nous aurait
accordé.
Au bord de l’Aar, les derniers baigneurs. L’odeur de l’eau douce. Le sentier qui mène au
Palais, puis à la gare. Quand on n’a pas son destin entre ses mains, il faut laisser parler
l’inconnu…
Aujourd’hui, il parlait Vaudois ☺